Je viens au carrefour de la vie (Hirsute 1 - Le 24/03/2005)
Je viens au carrefour de la vie. ça grouille, vibre, construit, détruit, existe! C'est comme une cassette en avance rapide où le temps est volontairement accéléré. Tout est bref. La petite fille aperçue hier a aujourd'hui 40 ans, des responsabiblités avec son mari et ses quatre marmots. C'est ça le cycle de la vie: une sorte de VHS bloquée en avance rapide. On a beau hurler "pause", supplier "pause", ça ne s'arrête pas. Et, déjà le reflet du miroir nous renvoie une face grisonnante. On ne peut rien y faire, on n'a pas choisi, mais c'est comme ça. En fait, on n'a pas le droit d'être paumé ^puisque le temps existe et tel un spleen de Baudelaire, il étend son ombre noire. Cette course folle est, à bien y regarder, stupide. Finalement, ça ne sert pas à grand-chose, à grand monde de se poser ce genre de questionnement existentiel à deux balles. Puisque aller trop loin dans l'analyse conduit à l'absurde folie et couper court aux problèmes amène à l'embolisation! Alors que faire? Rien à faire! Rester la même personne avec névroses assumées et embolisation acceptée. Car même le sombre espôir de changer la face du monde n'aboutira jamais. Un jour, la disparition de ces doux rêves âcres s'averera absolue avec la macabre destruction du cycle.Une journée parmi tant d'autres. Marie (1920-2000).1920: Mr et Mme Caron ont la joie de vous annoncer l'arrivée d'une petite Marie dans leur vie.1921: Marie fait ses premiers pas.1923: Marie entre à l'école.1932: Marie décroche son certificat d'études.1933: Marie travaille 12h par jour dans les champs de ses parents.1939: Marie épouse Jean, mari de 20 ans son aîné, violent et méchant.1939-1945: Marie devient collabo et attise sa haine de l’étranger.1946: Marie a son premier enfant après de multiples tentatives échouées du baiseur absolu. Elle l’appelle Marcel.1950: Marie perd Jean, son époux qu’elle a assassiné. Elle pleure sur le défunt, heureuse du bon fonctionnement macabre.1950-1980: 30 ans de bonheur: bat son fils, boit et se fait fourrer par tout ce qui bouge.1985-2000: Marie sombre dans la folie. Internée, elle meurt en avril par un doux matin printanier.A l’enterrement, quelques paroles réconfortantes: « Elle a bien vécu ». Finalement, personne ne la connaissait. Marcel n’a même pas fait le déplacement. Alors c’est ça le cycle de la vie avec quelques variantes et sentiments divers. J’étais, je suis, je serai au carrefour de la vie et laisserai ma mémoire chronologique de l’espèce humaine.
Verge

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